Le jour où j’ai animé mon premier atelier d’écriture

14 h 15. Jeudi 9 septembre 2021, je pars de chez moi, un sac sous le bras, un autre sur le dos. Dans quinze minutes, j’animerai mon premier atelier d’écriture.

Cela fait trois mois que je travaille sur ce projet. J’ai démarché les deux salons de thé de ma commune. En quelques minutes, j’ai eu une réponse positive de la gérante de l’un d’eux, enthousiaste à l’idée de donner une nouvelle dynamique à ce lieu chaleureux du centre-ville.

14 h 25. Me voilà face à la porte de la pâtisserie-chocolaterie, dont le salon de thé est une annexe. La gérante m’invite à l’attendre devant l’entrée du salon de thé, quelques mètres plus loin.

14 h 30. Une personne patiente déjà. Elle est sans nul doute là pour l’atelier. Mon cœur bat la chamade à l’idée de rencontrer ma première participante. Le rideau s’écarte, la lumière éclaire la pièce, la porte s’ouvre. La pâtissière nous accueille dans cet espace intimiste aux teintes jaunes et grises, au mobilier en bois et aux décorations fleuries. La deuxième participante franchit la porte d’entrée, soulagée d’être à l’heure, heureuse de commencer cette nouvelle activité. Pour cette première fois, nous serons trois.

14 h 35. Installées, nous passons commande. Ce sera trois thés, chacun d’une saveur différente. Les arômes embaument la pièce. Mon classeur ouvert, je relis les propositions d’écriture que j’ai préparées pour aujourd’hui.

14 h 40. Après un petit tour de table pour se présenter et identifier les appréhensions et attentes de chacune, l’atelier démarre. Nous partons sur un exercice bien connu : « Je me souviens ». Je personnalise la consigne en leur demandant de se concentrer sur un thème précis. Si les participantes craignaient la page blanche, c’est pourtant avec entrain qu’elles commencent à noircir leur carnet.

15 h. Les stylos sont posés, les mots sont notés, le thé entamé. Françoise* se lance dans la lecture de son texte. Elle qui n’a jamais vraiment écrit montre une aptitude et un plaisir certain pour cette activité. Elle nous livre une lettre poignante à sa petite-fille, racontant leur première rencontre, les sourires partagés, les moments de complicité. Une lettre d’amour d’une grand-mère à sa petite-fille qu’elle compte mettre au propre et lui offrir quand elle sera plus grande. La magie des ateliers d’écriture opère déjà.

Thérèse* nous emmène au bord de la mer, là où les embruns déposent une fine couche d’iode sur la peau, où l’horizon se confond entre ciel et mer, où le soleil donne un teint hâlé.

15 h 20. Après une courte pause, le temps de se remettre de ce beau moment de partage et de déguster une nouvelle gorgée de thé, le voyage en terre d’écriture continue. Nous partons au pays de l’enfance. À travers le thème « Le goût des framboises », les participantes sont invitées à rédiger un texte qui mêle nourriture, sens, enfance et famille.

15 h 45. Les tasses sont vides, mais le parfum des infusions reste en suspension dans la pièce. Le calme ambiant, propice à la créativité, est rompu. Les participantes ont fini d’écrire et sont prêtes à partager leur récit. Cette fois, c’est Thérèse qui commence. Dès les premiers mots, nous nous retrouvons dans un jardin ensoleillé où fruits et légumes attendent d’être collectés. Thérèse est toute jeune. Gourmande, elle plonge sa main dans les groseilliers, en tire une grappe qu’elle mange goulûment devant les yeux amusés de son grand-père, un outil dans les mains. Les grains explosent dans sa bouche, un goût sucré se répand sur sa langue. Sans le savoir, elle vit un moment qui restera ancré dans sa mémoire et qu’elle évoquera avec plaisir soixante ans plus tard.

Françoise nous invite dans la cuisine de sa grand-mère. Un doux parfum de lait chaud et de sucre envahit la pièce. Le bouillonnement de la marmite sur le feu annonce un dessert attendu : du riz au lait. Elle l’observe surveiller la marmite, attendre la bonne consistance avant de transvaser le tout dans un récipient. Le plat est encore chaud qu’elle y tremperait bien déjà sa cuillère pour savourer ce mets de son enfance.

16 h. C’est avec un désir certain de groseilles et de riz au lait que ce premier atelier d’écriture se termine. Les sens sont en ébullitions, le crayon n’a plus envie de quitter le papier. La peur de la page blanche est restée sur le quai tandis que l’inspiration filait à vive allure à travers les souvenirs et les mots.

Les participantes parties, je reprends enfin mon souffle. Voilà presque deux heures que je suis en apnée, effrayée par ce nouveau challenge que représentait le lancement de cet atelier d’écriture. Maintenant, je n’ai plus de raison d’avoir peur. Une rencontre s’est faite aujourd’hui : celle des ateliers d’écriture et moi. Une belle histoire vient de commencer.

* Les prénoms ont été modifiés

Cet article a initialement été publié dans La Lettre du GREC n°30.