Interview. Quels sont les bienfaits des groupes d’écriture ?

Gaëlle Levesque est autrice et coach littéraire. En janvier dernier, elle formait son premier groupe de coaching, Les Aventurier·es, réunissant six écrivain·es souhaitant se faire accompagner dans leurs projets d’écriture et se retrouver entre passionné·es des mots pour progresser ensemble.

Aujourd’hui, elle nous parle des avantages à faire partie d’un groupe d’écriture et de l’importance d’être bien entouré·e tout au long de son processus créatif.

Il y a cette image, très française, de l’écrivain·e enfermé·e dans son bureau, seul·e face à son manuscrit. L’écriture est-elle vraiment une activité solitaire ?

Je dirais que oui et non. L’écriture est un retour sur soi, vers soi. Cela permet de prendre du temps pour soi, et ce temps-là, d’écriture, on ne peut le prendre qu’individuellement. Mais pour pouvoir s’accorder ce moment en tête à tête avec son livre, on ne peut pas se passer des autres, ne serait-ce que pour s’organiser : l’entourage doit ménager du temps, du silence, il doit accepter les refus de sorties au profit de l’’écriture.

L’activité en elle-même peut quant à elle rester solitaire, mais cette croyance fait du mal aux écrivain·es, qui ont l’impression de devoir y arriver tout seul·es, de devoir souffrir pour réussir.

Personnellement, j’ai aussi besoin de débriefer, de discuter avec d’autres auteur·ices. On a parfois besoin d’une oreille attentive, qui va écouter et poser des questions, afin de lever des blocages.

Le fait de parler d’écriture avec d’autres n’implique pas forcément de faire lire ses textes. On peut garder ses écrits secrets (Stephen King parle d’écrire “la porte fermée”) tout en parlant d’écriture, en disant que l’on écrit, ce qui permet de rester motivé·e et connecté·e à son texte.

Tu as monté un groupe de coaching pour des écrivain·es souhaitant être accompagné·es durant leur processus d’écriture, comment t’est venue cette idée ?

Au départ, je proposais des coachings individuels, comme je l’ai appris durant ma formation, mais grâce à ma participation à des communautés d’écriture comme Plume d’Argent ou l’Atelier Perché et à ma formation auprès de Licares avec une dizaine d’autres auteur·ices, j’ai vu la force, le soutien, la motivation que peut apporter un groupe.

Alors, quand j’ai voulu lancer mes accompagnements en coaching littéraire, j’ai eu très envie de le faire sous forme de groupe. Un ami m’a mise au défi de le faire, donc je me suis lancée. C’était mon rêve de créer un groupe et grâce à ce défi, un mois plus tard, le premier groupe des Aventurier·es était né.

Quels sont les bienfaits des communautés d’écriture ?

La chose la plus puissante, dont les gens n’ont pas forcément conscience, c’est la réponse au besoin d’appartenance. En faisant partie d’un groupe qui partage un point commun fort, on se sent sa place.

Le groupe permet aussi l’entraide. Face aux obstacles que l’on rencontre, le groupe va de lui-même se mobiliser pour chercher des solutions, puisqu’il s’identifie lui-même à ces problématiques ou les a un jour rencontrées. Cela permet aussi de se rendre compte que tout le monde fait face aux mêmes obstacles, que cela est tout à fait normal. Cette normalisation permet d’atténuer la culpabilité.

Dans une moindre mesure, l’adhésion à une communauté entretient la motivation et l’envie, puisqu’il y a, d’une certaine manière, un engagement de pris, envers soi-même surtout, mais devant témoins. Cet engagement donne envie d’avancer, d’apporter de la nouveauté, de montrer ses progrès.

Qu’apporte la présence d’un·e professionnel·le de l’écriture, d’une coach dans ton cas, au sein d’un groupe d’écriture ?

En tant que coach, j’apporte avant tout le questionnement, qui va permettre d’identifier une situation bloquante et donner des pistes pour la surmonter. Ce pas de côté, ce décalage, permet aux coaché·es de prendre de la distance, d’observer leur situation avec un nouvel angle et d’ancrer ce changement de point de vue. Je leur permets de renouer avec leurs talents, leurs ressources, leurs expériences et de constater qu’ils ou elles savent des choses. Souvent, on croit manquer de technique, alors qu’on manque de confiance en soi.

Je donne des astuces que les gens peuvent réutiliser chez eux, qu’ils s’approprient et utilisent, même sans moi. Je l’ai constaté dans le premier groupe des Aventurier·es : chaque membre s’est mis à poser des questions à la manière d’un·e coach lors de discussions d’entraide. Le questionnement a un impact immédiat, il change la manière de voir les choses de façon permanente.

Mon but, c’est de permettre à chacun·e de s’épanouir, de briser les barrières qui viennent freiner ce chemin d’évolution permanent. C’est toujours le coaché ou la coachée tient les rênes, car il ou elle sait dans quelle direction il ou elle veut aller. Moi, je suis présente en tant que compagne de route, je permets d’aller plus vite, plus loin, plus facilement. Je suis un soutien quand la fatigue gagne.

Ce qui me plait, dans le coaching tel que je l’envisage, c’est d’accompagner chaque personne, peu importe l’état d’avancement du projet. Chaque personne en est à une étape différente, vit des expériences singulières, utilise des méthodes personnelles, etc. Cela est très riche et ouvre le champ des possibles aux autres, qui s’autorisent à expérimenter, à sortir du cadre, à se sentir libres.

Après le succès de la première édition, tu relances, début novembre, ton offre de coaching en groupe. Comment va se dérouler cette nouvelle édition ?

Le format reste globalement le même : une fois par mois, pendant six mois, le groupe se retrouve pour une visioconférence de 1h30, durant laquelle chaque personne est accompagnée de manière individuelle devant l’ensemble du groupe. Chaque membre peut intervenir et s’exprimer sur la situation d’autrui. Il y a un effet miroir durant le coaching : les personnes s’identifient aux autres et se nourrissent des échanges. Entre chaque rencontre virtuelle, le groupe peut échanger sur Discord et je reste présente par ce biais.

Concernant la composition du groupe, j’ai décidé de réduire à cinq personnes le nombre de membres – contre six la première fois- parce que je veux absolument préserver mon énergie et permettre à chacun·e de profiter pleinement de mon accompagnement.

Pour cette édition, j’ai décidé de lancer deux groupes, un le mercredi soir (premier rendez-vous le mercredi 8 novembre 2023) et un le samedi matin (premier rendez-vous le samedi 11 novembre 2023).

J’ai envie de créer une petite communauté d’écrivain·es, qui va grossir un peu plus, puisque chaque inscription comprend l’accès à vie au groupe Discord, qui permet la discussion entre les membres des différentes promotions. Mon ambition est d’un jour, proposer des rencontres et des retraites d’écriture pour que les Aventurier·es se rencontrent.

Pour retrouver l’offre de Gaëlle Levesque, rendez-vous sur cette page :
« Coaching d’écriture en groupe »